Paludisme: les scientifiques étudient la possibilité de rendre le sang humain toxique pour les moustiques

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(FILES)A mosquito is bloated with blood as it inserts its stinger into human flesh in this undated file photo obtained from the US Department of Agriculture(USDA) on September 9, 2002. US researchers have carried out genetic tweaks to malaria carrying mosquitos so their offspring feature genes that block the parasite which causes the disease, opening the way to eradicating it. Previous studies in recent years had already shown it was possible to modify mosquitos genetically so they neutralize the parasite called Plasmodium falciparum, which causes malaria. The new study, published November 24, 2015 in Proceedings of the National Academy of Sciences, marks an advance in a gene-editing technique called Crispr. It involves inserting parasite-blocking genes in the DNA of Anopheles stephensi mosquitos, which are a leading vector of malaria in Asia, to ensure that these genes are passed on to the bugs' offspring. The researchers said they had achieved a rate of transmission of 99.5 percent. AFP PHOTO/HANDOUT/USDA == RESTRICTED TO EDITORIAL USE / MANDATORY CREDIT: "AFP PHOTO / HANDOUT / USDA"/ NO MARKETING / NO ADVERTISING CAMPAIGNS / DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS ==

Pourrait-on recourir à un « traitement de masse », dans certaines régions, pour enrayer la transmission du paludisme ? La stratégie consiste à administrer à toute une population un médicament contenant une molécule toxique pour l’anophèle, le moustique qui transmet le parasite Plasmodium falciparum, responsable de cette maladie. Lorsqu’il pique une personne dont le sang recèle cette molécule, il meurt avant d’avoir pu transmettre le parasite à quelqu’un d’autre.

« Il s’agit d’un traitement à visée altruiste, relève le docteur Marc Thellier, du Centre national de référence du paludisme en France. Les personnes traitées ne sont pas personnellement protégées. En revanche, ce traitement de masse a un effet globalement protecteur sur la population : il réduit la transmission du moustique à l’homme dans toute une région»

Cette stratégie est explorée avec un médicament, l’ivermectine, utilisé depuis plus de trente ans dans la prise en charge de deux affections parasitaires répandues : la filariose lymphatique et l’onchocercose, ou « cécité des rivières ». L’ivermectine est aussi indiquée dans le traitement des poux ou de la gale.

« En 1989, une équipe russe a découvert que cette molécule, diluée dans du sang, pouvait tuer une espèce d’anophèle », raconte Marc Thellier. Quand un moustique piquait un lapin traité par l’ivermectine, il mourait au bout de quelques jours.

Le bétail aussi

La piste est un peu tombée dans l’oubli jusqu’à ce qu’on redécouvre cet effet sur le terrain. En 2011, une étude a ainsi montré, dans le sud-est du Sénégal, que le taux d’infection par Plasmodium falciparum chutait au sein des populations qui avaient reçu de l’ivermectine contre la cécité des rivières. Cet effet concernait le paludisme transmis par l’espèce Anopheles gambiae. Ce médicament « pourrait être un outil puissant et synergique pour réduire la transmission du paludisme dans les régions épidémiques », concluaient les auteurs, issus de l’université du Colorado et du ministère sénégalais de la santé.

En 2014, cet effet a été confirmé dans des villages du Sénégal, du Liberia et du Burkina Faso. Mais les questions posées restaient nombreuses. L’ivermectine serait-elle efficace contre les principales espèces de moustiques qui transmettent le parasite, différentes selon les régions du monde ? Quelles seraient, par ailleurs, les régions qui en bénéficieraient le plus ? Et selon quelles modalités d’administration : à quelle dose traiter les populations, combien de fois et à quel rythme ?

Selon les dernières études, parues en 2017, « il semblerait qu’il faille traiter régulièrement les gens pour limiter durablement la transmission, car la molécule est très efficace dans la première semaine qui suit la prise puis l’effet s’estompe et disparaît au bout de quelques semaines », précise Marc Thellier.

Pour l’heure, il est trop tôt pour que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande ce traitement de masse. « Certains experts pensent que c’est une stratégie intéressante. Il pourrait être utile de l’appliquer aussi au bétail ciblé par certaines espèces de moustiques », indique Marc Thellier.

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