Leïla Zerrougui : «Pour moi, la priorité c’est d’être un trait d’union positif»

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Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en RDC et cheffe de la MONUSCO répond aux médias après une rencontre avec le ministre congolais de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, à Kinshasa, le 16/02/2018. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Dans une interview accordée à Radio Okapi mercredi, la nouvelle représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en RDC, Leïla Zerrougui, parle de son mandat à la tête de la MONUSCO.

Elle affirme que la Mission onusienne veut œuvrer comme « facilitateur » entre les parties qui se battent seulement dans l’arène politique et non dans un champ de bataille. Et son rôle dans cette facilitation, c’est d’être «un trait d’union positif» en vue de promouvoir les valeurs démocratiques en RDC. Mme Zerrougui souligne également la nécessité de la réussite du processus électoral pour affronter d’autres défis et de sa volonté de collaborer avec les évêques de la CENCO.

Quelle sera votre priorité en tant que nouvelle représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en RDC ?  

Je suis vraiment contente et heureuse d’être ici. Je dis d’abord aux Congolais que je reviens dans ce pays qui a une place particulière dans mon cœur et je le dis sincèrement. Peut-être parce que c’était la première fois pour moi de quitter mon pays pour aller m’installer dans un autre pays. J’étais venu en 2008 ici. Donc c’est une expérience qui m’a marqué. Et je crois qu’elle m’a marqué parce la population congolaise est aussi assez spéciale et particulière. Pour le moment, je ne prétends pas avoir des priorités. Parce que je viens pour écouter les Congolais d’abord. Je viens pour écouter toutes les parties et voir. J’ai un mandat et il y a des priorités dans mes mandats. Je ne peux pas parler de ça. C’est une discussion qui devient juridique. Mais pour moi, la priorité c’est d’être un trait d’union positif. C’est d’être un facilitateur entre les parties qui pour moi se battent mais seulement dans l’arène politique et pas dans un champ de bataille. Des gens qui légitimement veulent chacun se positionner politiquement. La démocratie, c’est ça : des élections plurielles et pas pour s’entretuer à la fin. C’est ça le plus important message que j‘envoie.

En tant que représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU, c’est ça mon rôle de médiatrice. Mais en tant que chef de la mission, j’ai un mandat aussi, qui existe.  Et je veux aller à New-York pour le discuter, pour le renouvellement.

Pour avoir des élections crédibles et apaisées en RDC, quel pourrait être le message de la MONUSCO en cette période où le pays s’engage justement vers des élections ?

Je dis aux Congolais, qu’il y a aujourd’hui un accord qui a été signé entre les parties. Il y a une date pour les élections. Ça c’est déjà positif. Nous avons une date, nous avons un accord. Et, nous travaillons ensemble pour que cette date et le contenu de cet accord soient les éléments qui vont nous aider à apaiser les parties, à faire en sorte que les élections soient crédibles, et surtout aux yeux des Congolais, du moins la majorité parce qu’on ne peut pas satisfaire tout le monde.

C’est ça aussi la démocratie : la majorité de Congolais dans leur fort intérieur qui pensent que ça s’est quand même bien passé. Pour nous, le cadre c’est travailler pour que les élections se tiennent dans un contexte apaisé et à la date qui a été fixée et dans le cadre qui a été décidé par les Congolais. Notre rôle ce n’est pas ce que nous, nous allons faire. Nous, nous allons aider les Congolais à faire en sorte que ça se passe et que ça se passe dans la paix.

La MONUSCO va aider c’est vrai. Mais qui est concerné par ce message pour amener la RDC vers les bonnes élections ?

C’est adressé à tout le monde. C’est adressé au gouvernement et à la Majorité. C’est adressé d’abord à eux parce qu’ils ont la responsabilité de l’organisation des élections. C’est adressé à l’opposition dans toutes ses composantes. C’est adressé à ceux qui travaillent pour approcher les deux côtés ou même ceux qui se positionnent pour un côté ou pour un autre. C’est légitime. C’est adressé, et je l’ai demandé aujourd’hui à l’Eglise, pour qu’on travaille ensemble, pour s’assurer que ce processus sera un processus positif pour les Congolais. C’est adressé à vous journalistes, de Radio Okapi notamment, à mon staff au niveau de la MONUSCO. J’ai dit à tout le monde que j’ai rencontré que nous devons faire ce qu’on peut pour que, quand on se regarde dans la glace dans trois ou quatre ans, qu’on ne dise pas, j’aurais dû faire ça mais je ne l’ai pas fait.

Madame, dans les rapports de plusieurs ONG nationales comme internationales publiés récemment, il est fait état de graves violations des droits de l’homme et de libertés d’expression en RDC. Que faire pour améliorer cette situation ?

Vous savez, dans un contexte d’élections, les tensions existent. Ce qu’il faut, c’est de convaincre chacune des parties que ce n’est pas dans leur intérêt politique mais aussi l’intérêt tout court, que les violations des droits de l’homme soient au cœur du débat sur le processus électoral. Parce que le débat sur le processuel électoral doit être porté sur les programmes économiques, politiques, etc. Et non être concentré sur les violations. Le problème lorsque vous êtes dans un pays où il y a des tensions, des conflits qui ne sont pas encore tournés, il y a un apprentissage du processus démocratique. Donc il faudrait absolument qu’on rappelle que les élections, c’est un processus qui permet à ce qu’on accède au pouvoir de façon pacifique, dans la sérénité. Cela veut dire qu’il faut que ce processus soit crédible.
Qu’il y ait des irrégularités, des problèmes, c’est normal. Mais si ce processus est entaché, s’il est totalement discrédité, alors il n’a plus sa raison d’être.  C’est pourquoi c’est important de continuer à insister sur le fait que (…..)Il ne faudrait pas qu’on parle des violations des droits de l’homme. Il faut que toutes les parties comprennent que ce n’est pas dans leur intérêt.

Dans le contexte actuel, marqué notamment par des crises dans l’Est, comment mettre efficacement en œuvre votre mandat, notamment celui de la protection de la population ?

C’est pour ça que je suis venue d’abord avant et puis je vais passer à New-York parce que je voulais d’abord m’imprégner de la situation.
Je voulais m’assurer quelles sont les tendances, je n’en ai malheureusement pas, parce que je ne suis pas arrivée à tout avoir. Je ne maitrise pas encore les données. Mais nous avons la responsabilité de la protection des civils. C’est notre priorité dans tout ce que nous faisons, y compris dans l’utilisation de nos ressources.

Nous avons la responsabilité d’appuyer le gouvernement pour lutter contre les groupes armés. Nous avons également comme première responsabilité d’accompagner le processus électoral. Et on va le faire par rapport à nos priorités, à notre présence, comment on va déployer notre force, comment on va coordonner avec le gouvernement, avec les autorités locales, avec les FARDC, avec la PNC, avec tous les partenaires sur la sécurité. Les élections c’est une partie de notre mandat mais c’est une partie importante parce qu’elles conditionnent la stabilité et la facilitation du travail après. Si on arrive à s’entendre, à réussir les élections, on peut alors être plus efficace pour faire face aux autres menaces et notamment les menaces des groupes armés et gérer la situation humanitaire, la pauvreté, etc.

Radio Okapi

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