En Chine, les limites d’une urbanisation très sélective vis-à-vis des nouveaux résidents

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L’Etat veut orienter les flux de ruraux vers les villes de petite et moyenne importance, au détriment des capitales de province et surtout des mégapoles comme Pékin et Shanghaï

Le taux d’urbanisation chinois a atteint 58,52 % en 2017, selon l’agence Chine nouvelle, soit, en un an, une progression de 1,17 % et 20 millions de citadins supplémentaires. Des chiffres qui traduisent un processus plutôt lent : par comparaison, l’Indonésie, urbanisée à 55 %, voit sa population citadine s’accroître chaque année de 2,3 %

Ces données incluent les résidents de plus de six mois non dotés de « hukou », c’est-à-dire le statut de résident permanent qui ouvre la porte à des prestations sociales, au droit d’acheter de l’immobilier ou à l’éducation des enfants. Car la Chine pratique ce que le chercheur taïwanais Wang Fei-ling, auteur d’un livre sur le sujet, appelle « la gestion par l’exclusion et la division »

Les autorités chinoises clament régulièrement qu’elles veulent faciliter l’accès des quelque 250 millions de « migrants » au hukou urbain. Les dernières directives adoptées en 2016 prévoient ainsi d’octroyer 13 millions de nouveaux hukou par an entre 2016 et 2020. Mais leur application patine. L’Etat central veut orienter les flux de ruraux vers les villes de petite et moyenne importance, au détriment des capitales de province et surtout des mégapoles comme Pékin et Shanghaï, très sélectives. Or, les migrants vont s’employer là où il y a du travail et où ils peuvent gagner le plus – dans les grandes agglomérations donc. Et comme ceux qui obtiennent un hukou urbain perdent le droit à la terre associé à leur hukou originel, ils misent rarement sur les petites villes de province.

« Dilemme »

Pékin n’a ainsi octroyé que 1,69 million de hukou en 2016, selon un savant système de points, basé sur le niveau d’éducation, le paiement des impôts et le type de profession. Le hukou échappe encore à 8,1 millions de Pékinois comptabilisés en 2016 comme des « migrants » avec des permis de séjour de plus de six mois. C’est cette population qui aurait commencé à diminuer en 2017 à la suite des expulsions.

Le district de Tongzhou, où 40 % des résidents n’ont pas le hukou de Pékin, fait bien partie des zones pilotes autorisées à travers la Chine à accorder ce sésame social un peu plus facilement aux « migrants » méritants. Mais avec modération : ses dirigeants ont déjà prévenu qu’ils plafonneront la population du district à 2 millions.

Ce contrôle administratif a certes permis à la Chine d’éviter l’incrustation dans ses grandes villes de bidonvilles trop permanents. Ces « villages urbains » – qui accueillent jusqu’à dix fois le nombre d’habitants originels reconvertis en marchands de sommeil –, sont en général démolis dès que les pouvoirs publics le décident.

Source : lemonde.fr

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